Le Grand Chistera

Historique

revers-ombreDe toutes les spécialités du jeu de pelote en place libre, le Grand Chistera est sans nul doute celle vers qui va la préférence des visiteurs du Pays Basque durant la saison estivale. Est-ce le soleil, la couleur locale, le cérémonial bien réglé par une longue tradition, où se mêlent le pittoresque du chanteur de point et la solennité du verdict des juges ? Mais aucun de ces éléments n’est propre au Grand Chistera ; chacune des autres spécialités les a également reçus en partage.

Serait-ce alors le côté grandiose du jeu de Grand Chistera, la vaste dimension de son aire de jeu, qui lui confèrent la marque du grand spectacle ? Il y a sûrement de cela.

Et beaucoup se plaisent à reconnaître que le côté spectaculaire est bien son apanage, non seulement par la longueur du tir mais aussi par l’ampleur du geste. Mais ce qui fait sa particularité, et en quelque sorte l’image de marque de cette spécialité, ce sont ses exigences athlétiques qui lui confèrent en même temps sa modernité ; c’est aussi celle, parmi les spécialités de la pelote, qui a des exigences rigoureuses du point de vue :

  • du jeu d’équipe : celle-ci est formée de trois joueurs, et dans la distribution des rôles qui est faite, selon qu’elle se trouve en attaque ou en défense, la faiblesse de l’un ne peut être compensée par la qualité ou la puissance des autres.
  • de l’engagement : l’effort du joueur, sa condition et sa pr paration physiques sont déterminants, la pelote, tout comme le chistera, n’ayant ici qu’un rôle d’instrument.
  • de l’adresse : contrairement à ce que l’on pourrait penser lorsqu’on ne s’est pas frotté à la difficulté, ni la décomposition du mouvement, ni la dimension de l’instrument ne constituent des moyens artificiels qui se substitueraient aux finalités d’adresse requises.
  • Enfin et surtout, le Grand Chistera est un jeu de mouvement où les joueurs se déplacent, courent, couvrent un terrain important, que ce soit en attaque ou en défense. La variété et la diversité des coups qui en résulte, constituent une gamme unique.

Un tel jeu devait attirer des joueurs de qualité exceptionnelle qui l’ont porté sur les fonds baptismaux avant de le forger, le façonner et lui donner l’allure grandiose qui est aujourd’hui la sienne.

Comment énumérer, sans en oublier, les noms de ces grands joueurs qui, depuis Chiquito de Cambo, ceux de sa génération, Eloy, Ayesteran, ceux des générations suivantes, les Harispe, Martinez, Barthe, Laffite, Bergerot, Narbaïtz, Magescas, Toulet, les Aguer, Vignau, Récalt… plus près de nous Jean Urruty, Bichendaritz, Loustaudine, Hourçourigaray, Hirigoyen, qui sont encore dans l’esprit de tous…tous ces joueurs qui ont su perfectionner la technique au point de limiter au minimum les fautes d’instrument. Rencontre de grands joueurs et d’un beau jeu qui a été porté haut par ceux qui l’ont pratiqué parce qu’ils l’aimaient sans mesure. Le public qui l’aime aussi avec ferveur est aussi un public de connaisseurs. Car il passionne non seulement le public de nos étés, mais aussi le public des hauts lieux de la pelote où l’on célèbre depuis longtemps avec ferveur le culte du Grand Chistera : Saint Jean Pied de Port, Guéthary, Mauléon, Biarritz, et bien sûr Bidart.

L’aire de jeu : le fronton

Le fronton de «place libre» Chaque village du Pays Basque, côté France surtout, possède son fronton «place libre», en général sur la place de l’église, de la mairie ou de l’école.

La place libre est constituée par un mur de pierre dont la dimension et la forme ne sont pas strictement réglementés (fronton) et par un terrain en terre ou en ciment où rebondit la pelote (cancha). La hauteur du mur est généralement de l’ordre de 10 à 12 mètres et la largeur de 15 à 20 mètres. Le fronton de Bidart construit en 1958 est le plus haut de France.

A 80 cm du sol et parallèle à celui-ci se trouve une raie métallique noire. Toute pelote frappant le mur sur cette raie ou au-dessous de cette raie est fausse.

Les raies verticales ne sont pas des limites de jeu et n’ont qu’une valeur de repérage. Du pied de ces lignes partent en effet, sur le terrain, deux lignes parallèles et perpendiculaires au mur, distantes de 6m50 et longues de 5m50. Ces lignes rejoignent ensuite, obliquement, les lignes latérales de la cancha. Toute pelote rebondissant en dehors ou sur ces lignes est fausse.

La pelote

La fabrication des pelotes sera révolutionnée par la découverte du caoutchouc vers 1820.

Elles sont toutes fabriquées artisanalement de la même manière, seules les quantités des différents matériaux varient.

Le coeur (le noyau) est formé de filaments de caoutchouc, tendus et serrés fortement, recouvert d’un revêtement de fils de coton bien tirés. L’ensemble est ensuite comprimé dans un moule, afi n de le rendre parfaitement rond.

Ensuite, cette pelote sera protégée par ses deux enveloppes de cuir. Chacune de ces peaux est découpée en forme de 8. La première, à l’intérieur, qui tient l’ensemble, est cousue au point de surjet plat. La peau extérieure, de meilleure qualité, est cousue bord à bord pour le Grand Chistera. Son diamètre sera de 65 millimètres environ et son poids total variera entre 115 et 125 gr, dont à peu près 55 gr de gomme. Son prix est de l’ordre de 50 euros.

Le Chistera

Le chistera est formé d’une ossature en chataîgner de forme courbe dont l’extrémité arrondie est appelée PUNTA (la pointe). Ce cerceau vient se fixer sur une traverse appelée TACO. Les côtes ou lattes, au nombre de treize, forment la cavité du chistera. Le tout est tressé d’osier formant la trame ou tressage et recouvrant entièrement les côtes et le cerceau. Sur la partie supérieure est cousu un gant de cuir dans lequel le joueur enfi le sa main. Une languette de cuir protège le poignet du taco et le pilotari attache le gant en enroulant une lie épaisse autour du taco et de son poignet.

Un chistera pèse environ 500 g et, comme pour les pelotes, sa fabrication est exclusivement artisanale. Sa taille varie en fonction de l’âge et de la taille des joueurs. Toutefois, le chistera utilisé par les arrières est plus grand que celui des avants.

Son prix est d’environ 300 euros. La Kostakoak de Bidart fournit les chisteras et les pelotes à tous les joueurs licenciés au club.

Les joueurs et le jeu

A/ Les joueurs

Les équipes sont formées de 3 joueurs : 1 avant gauche, 1 avant droit (buteur) et 1 arrière.

Le premier but (ou engagement) est tiré au sort. Le buteur doit prévenir ses adversaires à chaque engagement. Chaque équipe (par n’importe lequel de ses joueurs) renvoie à tour de rôle la pelote contre le fronton, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’une faute soit commise.

Il y a faute :

    • lorsque la pelote n’est pas reprise ou n’est pas renvoyée au mur,
    • lorsque la pelote rebondit en dehors des limites du fronton ou de la cancha,
    • lorsque la pelote est reprise après avoir rebondi plus d’une fois sur le sol (il est permis dereprendre à la volée),
    • lorsque la pelote rebondit dans le chistera (Pumpa),
    • lorsque la pelote est gardée trop longtemps dans le chistera (Atchiki),
    • lorsqu’un joueur attrape une pelote qui a été touché par l’un de ses partenaires.

Droite à Chistera

Quand une équipe fait une faute, l’équipe adverse marque un point et prend le but. Le gain de la partie est assuré au camp atteignant le premier le score fixé (généralement 40 ou 45 selon les catégories). Un seul point d’écart entre les deux camps suffit pour enlever la décision.

B/ Le jeu

Comme dans toutes les spécialités du jeu de pelote et sans doute plus qu’ailleurs, le Grand Chistera demande force, agilité et adresse. Le jeu consiste à ce que l’arrière adverse renvoie la pelote de moins en moins fort sur le fronton (soit en le fatiguant soit en le déplaçant). En attaque (on dit que l’équipe a le mur), les trois joueurs jouent les uns derrière les autres afin de pouvoir se suppléer, alors qu’en défense, ils essayent de couvrir le maximum de terrain. On peut jouer du coup droit ou du revers. Toutefois, si on attrape la pelote du coup droit, il faut la renvoyer du coup droit, si on l’attrape du revers, la renvoyer du revers.

C/ Les juges

Au Grand Chistera, en partie officielle, les juges sont au nombre de cinq. Autrefois, les incidents de jeu étaient jugés et non arbitrés, la réglementation actuelle (diversement appréciée) veut que ce soit l’inverse. Ils n’interviennent plus à la demande des joueurs lorsque le point  est terminé. Ils se réunissent au milieu de la cancha et le juge principal annonce la decision au compteur de points. Cette decision est irrévocable et les joueurs ne la discutent jamais.